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Textes

Monologue d'Hamlet de Shakespeare

William Shakespeare

1 rôle · 1 homme

Monologue d'Hamlet de Shakespeare

Hamlet (1)
Hamlet
Être, ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte? Mourir.., dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair: c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir.., dormir, dormir! peut-être rêver! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d’action... Doucement, maintenant! Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés.
Résumé & indications

Ce monologue d’Hamlet condense à lui seul l’abîme moral, intellectuel et existentiel du personnage. Dans cette parole suspendue entre l’action et le renoncement, Shakespeare donne à entendre un homme qui pense sa propre fin autant qu’il mesure l’insupportable poids du monde. Le célèbre « Être, ou ne pas être » n’est pas seulement une formule philosophique : c’est une crise intime, une lutte intérieure où se confrontent le désir d’en finir et la peur de l’inconnu. Le texte avance par vagues, avec une respiration qui oscille entre le raisonnement, la plainte et le vertige.

Pour le comédien, le défi tient à la simplicité apparente de cette parole et à sa complexité réelle. Hamlet ne déclame pas une idée abstraite : il la traverse. Chaque image, chaque reprise, chaque hésitation doit naître d’une pensée en train de se faire, comme si le personnage découvrait ses propres mots au moment même où il les prononce. Le texte exige une adresse très précise, mais aussi une grande intériorité : il faut entendre l’esprit qui se retourne sur lui-même, qui examine, compare, pèse, puis recule. La tension dramatique ne vient pas d’un événement extérieur, mais de l’activité même de la conscience.

Pour le metteur en scène, cette scène offre un espace rare de dépouillement et de densité. Elle peut être jouée comme un arrêt du temps, un soliloque en quasi-absence du monde, ou au contraire comme une parole déjà contaminée par la présence d’Ophélie, qui surgit à la fin et fait basculer la méditation dans le réel. Cette irruption finale est décisive : elle rompt la solitude mentale, rappelle Hamlet à ses contradictions, et donne au monologue une profondeur supplémentaire, entre élan métaphysique et trouble affectif. La scène devient alors le lieu d’un passage, d’une pensée interrompue par la vie.

La force du texte réside aussi dans sa musicalité et sa progression. Il commence dans l’absolu, se précise à travers des exemples concrets d’injustice et d’épreuve, puis s’élève vers une réflexion plus large sur la peur, la conscience et l’action. Cette montée doit être ressentie comme un mouvement organique, jamais figé. Le langage de Shakespeare permet de faire entendre une intelligence en crise, mais aussi une fragilité très humaine. Jouer ce monologue, c’est faire exister un homme qui s’interroge sur la dignité de vivre, sur le prix de la lucidité, et sur l’impossibilité de trancher définitivement entre l’être et le non-être.

Distribution

Taille des rôles

1 personnage, 316 mots de répliques. Durée de parole estimée à 140 mots par minute, hors silences et jeu.

PersonnageRépliquesMotsPart du texteParole
Hamlet 1 316
100 %
≈ 2 min

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