Résumé & indications
Ce monologue de Harpagon, extrait de L'Avare de Molière, est un morceau de bravoure emblématique du théâtre comique classique. Il marque un basculement dans la pièce : le moment où l’obsession d’Harpagon pour son argent éclate au grand jour dans toute sa démesure, mêlant panique, délire et comique de situation.
Pour le comédien, ce texte est une véritable performance. Harpagon traverse une crise quasi hystérique, où la parole déborde, se précipite, se contredit. Le rythme est essentiel : accélérations, ruptures, reprises doivent traduire l’affolement du personnage. Il ne s’agit pas seulement de jouer la peur, mais une peur grotesque, déformée par l’avarice. Le comique naît de cet excès, de cette disproportion entre la situation réelle et la réaction du personnage.
Le corps joue ici un rôle central. Harpagon est en mouvement constant : il court, s’arrête, se parle à lui-même, se saisit, se soupçonne. Le passage où il se prend pour un autre (« Rends-moi mon argent… Ah ! c’est moi ! ») offre une opportunité de jeu physique et burlesque particulièrement forte. Le comédien peut explorer une gestuelle désarticulée, nerveuse, presque mécanique, qui traduit la perte de contrôle.
Pour la mise en scène, ce monologue peut être traité comme une scène de solitude paradoxale : Harpagon est seul, mais il imagine le monde entier contre lui. L’espace peut devenir un terrain de paranoïa, où chaque recoin semble cacher un voleur. Le regard du personnage est fondamental : il scrute, accuse, invente. Le public devient presque complice, voire suspect, renforçant l’effet comique.
Enfin, ce passage révèle toute la dimension satirique de la pièce. L’argent, chez Harpagon, n’est pas un simple bien matériel : il devient un substitut affectif, un « cher ami » dont la perte équivaut à une mort symbolique. Ce déplacement est au cœur du rire moliéresque, qui fait surgir, derrière le grotesque, une critique acerbe de l’obsession et de la déshumanisation. Ce monologue offre ainsi un terrain riche pour un jeu à la fois comique et inquiétant, où le rire naît d’un déséquilibre profond.