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HERMIONE 1 répl.
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Textes

Monologue d'Hermione - Andromaque

Jean Racine

1 rôle · 1 femme

Monologue d'Hermione extrait d'Andromaque de Racine

HERMIONE (1)
HERMIONE
Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?
Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.
Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ?
Le cruel ! De quel oeil il m’a congédiée !
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée.
L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?
Et je le plains encore ! Et, pour comble d’ennui,
Mon coeur, mon lâche coeur s’intéresse pour lui
Je tremble au seul penser du coup qui le menace,
Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce.
Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :
Qu’il périsse ! Aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe et se rit de ma rage
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;
Il croit que, toujours faible et d’un coeur incertain,
Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées.
Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées.
Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas
Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l’ingrat ! Cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.
Qu’il meure, puisqu’enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir.
A le vouloir ? Hé quoi ! C’est donc moi qui l’ordonne ?
Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois
Avec tant de plaisir redire les exploits,
A qui même en secret je m’étais destinée
Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’Etats,
Que pour venir si loin préparer son trépas,
L’assassiner, le perdre ? Ah ! Devant qu’il expire...
Résumé & indications

Ce monologue concentre en une seule traversée les abîmes d’Hermione : l’amour blessé, l’orgueil humilié, le désir de vengeance et, surtout, le vertige d’une conscience qui se découvre en train de vouloir ce qu’elle condamne. Dans cet extrait d’Andromaque, Racine donne à entendre une femme prise dans une crise intérieure d’une intensité extrême, où chaque pensée contredit la précédente, où chaque émotion naît déjà de sa propre négation. Le texte avance par soubresauts, comme si la parole essayait de retenir ce que la passion la force à révéler.

Pour les comédiens, le défi est immense car le personnage ne raconte pas seulement un conflit : il le vit au moment même où il parle. Hermione passe de la stupeur à la colère, de la plainte à l’aveu, de la décision à la rétraction. Cette instabilité n’est pas une faiblesse dramatique, mais le cœur du rôle. Il faut faire entendre la violence du désordre intérieur sans jamais perdre la clarté racinienne, cette rigueur de la langue qui donne à l’émotion sa forme la plus tranchante. Chaque vers doit porter une intention précise, mais l’ensemble doit laisser sentir que la pensée se défait au fur et à mesure qu’elle s’énonce.

Pour les metteurs en scène, ce monologue offre un espace presque nu, centré sur la présence de l’actrice et sur le combat qu’elle mène contre elle-même. Tout peut se jouer dans le rapport au silence, dans les ruptures de souffle, dans la manière dont le corps trahit ou retient la décision. L’enjeu n’est pas seulement de montrer une femme furieuse, mais de faire apparaître la naissance d’un acte irréparable, au moment exact où la conscience hésite encore. C’est ce qui rend la scène si saisissante : Hermione comprend qu’elle s’apprête à franchir une limite, et cette lucidité rend sa parole plus poignante encore.

La force de ce passage tient aussi à son ambivalence tragique. Hermione n’est ni entièrement coupable ni entièrement innocente ; elle aime, souffre, commande, puis se juge elle-même. Racine fait de cette contradiction un moteur dramatique d’une extraordinaire modernité. Le monologue devient alors un lieu d’exposition de la tragédie intérieure, où l’on voit une âme se débattre contre sa propre décision. C’est un texte de tension, d’éclat et de vacillement, qui demande une interprétation à la fois maîtrisée et profondément vulnérable.

Distribution

Taille des rôles

1 personnage, 363 mots de répliques. Durée de parole estimée à 140 mots par minute, hors silences et jeu.

PersonnageRépliquesMotsPart du texteParole
HERMIONE 1 363
100 %
≈ 3 min

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