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Dom Juan de Molière est une œuvre singulière et profondément dérangeante dans le répertoire classique. À la croisée de la comédie, de la tragédie et du drame philosophique, la pièce met en scène un personnage libre jusqu’à l’excès, dont l’intelligence, la séduction et la mauvaise foi font vaciller tous les repères moraux, sociaux et religieux.
Dom Juan est un libertin au sens plein du terme : il refuse toute contrainte, toute fidélité, toute autorité qui ne viendrait pas de lui-même. Il séduit, abandonne, ment sans remords, non par simple goût du plaisir, mais par principe. Face à lui, Sganarelle incarne la peur, la morale commune, la superstition et la contradiction permanente. Leur duo structure la pièce : Dom Juan agit et pense, Sganarelle commente, s’indigne, admire malgré lui. L’intrigue, volontairement éclatée, fonctionne comme une suite d’épreuves où le héros défie successivement les hommes, la société, la religion… puis le surnaturel.
Pour les comédiens, Dom Juan est une partition exigeante et périlleuse. Le rôle-titre demande une grande maîtrise du verbe et une intelligence du texte hors norme. Dom Juan ne doit jamais être réduit à un simple séducteur ou à un cynique caricatural : il est brillant, cohérent, séduisant, et c’est précisément ce qui le rend inquiétant. Chaque discours est une démonstration, chaque tirade une prise de pouvoir. Le jeu doit rester calme, assuré, presque froid, pour laisser apparaître la violence idéologique du personnage. Sganarelle, à l’inverse, est un rôle de rupture : comique, contradictoire, corporel, traversé de peurs et de fulgurances. Il ne sert pas seulement de faire-valoir, mais de contrepoint essentiel, humain et fragile.
La langue est ici centrale. Dom Juan est un théâtre de la parole argumentative, où les idées s’affrontent frontalement. Les grandes scènes — la tirade sur l’inconstance, la scène du pauvre, l’hypocrisie finale — demandent une clarté absolue, sans ironie appuyée. Le texte gagne en puissance lorsqu’il est dit simplement, comme une évidence, laissant le spectateur juger.
Pour la mise en scène, la pièce offre une liberté immense. Son absence d’unité de lieu et son enchaînement rapide de situations autorisent des dispositifs très contemporains : espaces fragmentés, déplacements constants, monde instable. Dom Juan peut être un aristocrate classique, un prédateur moderne, une figure politique ou médiatique. Le surnaturel du dernier acte peut être traité frontalement ou symboliquement, mais il marque toujours une rupture nette : le monde rationnel de Dom Juan trouve enfin une limite.
Monter Dom Juan, c’est affronter une œuvre profondément moderne, qui ne rassure jamais. Pour les acteurs comme pour les metteurs en scène, c’est un texte de pensée autant que de théâtre, qui interroge la liberté, la responsabilité et le prix à payer lorsqu’un homme refuse toute loi autre que la sienne. Une pièce dangereuse, brillante, et toujours actuelle.
13 personnages, 17 616 mots de répliques. Durée de parole estimée à 140 mots par minute, hors silences et jeu.
| Personnage | Répliques | Mots | Part du texte | Parole |
|---|---|---|---|---|
| Dom Juan | 246 | 6 264 |
35,2 %
|
≈ 45 min |
| Sganarelle | 156 | 4 396 |
24,7 %
|
≈ 31 min |
| Pierrot | 38 | 1 553 |
8,7 %
|
≈ 11 min |
| Dom Carlos | 27 | 1 367 |
7,7 %
|
≈ 10 min |
| Done Elvire | 15 | 1 327 |
7,5 %
|
≈ 9 min |
| Charlotte | 64 | 811 |
4,6 %
|
≈ 6 min |
| Dom Louis | 4 | 759 |
4,3 %
|
≈ 5 min |
| Dom Alonse | 7 | 276 |
1,6 %
|
≈ 2 min |
| M. Dimanche | 38 | 267 |
1,5 %
|
≈ 2 min |
| Gusman | 5 | 204 |
1,1 %
|
≈ 1 min |
| Le Pauvre | 9 | 163 |
0,9 %
|
≈ 1 min |
| Mathurine | 19 | 154 |
0,9 %
|
≈ 1 min |
| La statue | 5 | 75 |
0,4 %
|
≈ 1 min |
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