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L’Avare de Molière est l’une des grandes comédies de caractère du répertoire, une pièce où le rire naît de l’excès poussé jusqu’à l’obsession. Sous la farce et la cruauté comique, Molière compose le portrait implacable d’un homme dominé par une passion unique — l’argent — qui contamine tous les rapports humains.
Harpagon règne sur sa maison comme sur un coffre-fort. Père tyrannique, il sacrifie sans hésiter le bonheur de ses enfants à ses calculs financiers, projetant des mariages d’intérêt tout en convoitant lui-même une jeune femme promise à son fils. L’intrigue repose sur cette collision permanente entre l’amour, le désir et l’avarice, jusqu’à l’apparition de la célèbre cassette, véritable cœur battant de la pièce. Plus qu’un simple ressort comique, l’argent devient un langage, un pouvoir, une obsession qui déshumanise.
Pour les comédiens, L’Avare est une partition d’une redoutable précision. Le rôle d’Harpagon est l’un des plus exigeants du théâtre de Molière : il demande une énergie constante, un sens aigu du rythme et une capacité à rendre crédible une folie obsessionnelle sans la réduire à une caricature plate. Harpagon est monstrueux, mais il est aussi cohérent, logique, persuadé d’agir raisonnablement. C’est cette sincérité qui rend le personnage à la fois comique et inquiétant. Autour de lui, les autres rôles — Élise, Cléante, Valère, Frosine, La Flèche — existent souvent en réaction à sa tyrannie et doivent affirmer clairement leur place pour que les rapports de force soient lisibles.
La langue est un moteur essentiel du comique. Les raisonnements d’Harpagon, ses interrogatoires, ses emballements paranoïaques sont de véritables morceaux de bravoure. Le texte exige une diction précise et un sens du tempo rigoureux : chaque répétition, chaque rupture, chaque montée de tension participe à la mécanique comique. Le célèbre monologue de la cassette ne fonctionne que s’il est joué avec un sérieux absolu, comme une véritable tragédie intime.
Pour la mise en scène, L’Avare offre de nombreuses lectures. La maison d’Harpagon peut être traitée comme un espace clos, étouffant, dominé par la peur du manque et du vol. Des choix plus stylisés ou contemporains permettent de souligner la modernité du propos : spéculation, accumulation, obsession de la possession. Quelle que soit l’époque choisie, la pièce conserve toute sa force dès lors que l’avarice est pensée comme une pathologie du lien, et non comme un simple défaut moral.
Monter L’Avare, c’est travailler une comédie féroce, où le rire est sans cesse traversé par une forme de violence. Pour les acteurs comme pour les metteurs en scène, c’est une œuvre exigeante et puissante, qui rappelle que chez Molière, le comique est toujours un moyen de mettre à nu les passions humaines — ici, l’une des plus destructrices.
13 personnages, 21 414 mots de répliques. Durée de parole estimée à 140 mots par minute, hors silences et jeu.
| Personnage | Répliques | Mots | Part du texte | Parole |
|---|---|---|---|---|
| Harpagon | 361 | 6 378 |
29,8 %
|
≈ 46 min |
| Cléante | 160 | 3 411 |
15,9 %
|
≈ 24 min |
| Valère | 102 | 2 802 |
13,1 %
|
≈ 20 min |
| Frosine | 60 | 2 380 |
11,1 %
|
≈ 17 min |
| Maître Jacques | 86 | 1 719 |
8 %
|
≈ 12 min |
| La Flèche | 66 | 1 558 |
7,3 %
|
≈ 11 min |
| Élise | 51 | 1 091 |
5,1 %
|
≈ 8 min |
| Mariane | 31 | 945 |
4,4 %
|
≈ 7 min |
| Anselme | 20 | 537 |
2,5 %
|
≈ 4 min |
| Le commissaire | 17 | 300 |
1,4 %
|
≈ 2 min |
| Maître Simon | 5 | 205 |
1 %
|
≈ 1 min |
| La Merluche | 5 | 45 |
0,2 %
|
≈ 1 min |
| Brindavoine | 3 | 43 |
0,2 %
|
≈ 1 min |
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